Xénia CARAIBE Choriste
Défis, Interviews

Défi 2021 (1) Xénia CARAIBE : de choriste à cheffe de chœur !

Xénia CARAIBE ouvre le bal des interviews du DEFI 2021 ! Choriste, chanteuse et cheffe de chœur, elle est passée par le Conservatoire Municipal de Toulouse et l’Institut des Arts et de la Culture de Paris (I.A.C.P.). Elle a collaboré entre autres, avec Vladimir COSMA sur la musique du film L’Etudiante de Claude PINOTEAU et a été chanteuse dans la formation BLUE PASTEL de François QUILLIN (Guadeloupe). En 2002, avec Max CORNELIE et leur groupe CAP 97, c’est la réouverture du « Bal Nègre » 40 ans après sa disparition. Elle officie depuis 10 ans au Centre Culturel SONIS ( Les Abymes, Guadeloupe) en tant que coach vocal.

Interview #1

Karine GENE : Bonjour Xénia CARAIBE, pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Xénia CARAIBE :  Alors ça sera forcément très brièvement ! Donc, mon parcours… comment dire ? Il y a un peu longtemps, on va dire que ça ne nous rajeunit pas (rires) ! J’ai commencé par le Conservatoire municipal de Toulouse puis je suis partie au Sénégal. En fait, comme il n’y avait pas de conservatoire académique dans mon quartier au Sénégal à cette époque, je me suis positionnée sur le chant car l’environnement musical ambiant était tellement plus luxuriant, coloré et rythmé ! Ensuite, je suis revenue en France. J’ai donc continué sur le chant ; effectivement, je me suis positionnée sur tout ce qui se passait à l’époque parce qu’ à Paris, dans les années 80, 90, 2000, il se passait un énorme mouvement de musiques où on pouvait rencontrer des Algériens, des Africains, des Antillais !!! Toute cette mouvance culturelle qui a fait la grande musique, la “World music”. J’étais dans cette mouvance-là ; c’est vrai qu’il a fallu commencer par quelque chose ! Je veux dire par là qu’on n’est pas choriste dans l’espoir de devenir chanteuse. Ce sont deux parcours différents et je tenais à faire la différence.
C’est vrai que j’ai beaucoup travaillé en tant que choriste, j’ai travaillé avec beaucoup d’Africains et ensuite au niveau de la très grande variété française. J’ai eu l’opportunité et la chance de travailler avec des gens comme Nana MOUSKOURI, Dave et Nicoletta. Nous avons fait beaucoup d’émissions de télévision qui recevaient énormément de gens. C’était à l’époque où il y avait nettement moins de chaînes qu’aujourd’hui, donc c’était tout de suite très révélateur.

Un choriste est un instrumentiste vocal.

Au niveau Afrique, j’ai tourné avec XALAM, Rokia TRAORE, Tshala MUANA, Maïka MUNAN ( guitariste congolais) et Gino SITSON (chanteur camerounais et doctorant spécialiste du Gwo-ka ). Nous avons eu notre propre groupe de polyphonie africaine a capella qui s’appellait NIPA ( on peut le trouver sur internet ). Nous étions six chanteurs et non pas six choristes. Donc je dis bien “chanteurs” parce qu’ un choriste est un instrumentiste vocal.  Parce qu’ un  chanteur s’il chante sa tonalité – c’est do, fa ou sol, peu importe – il appartiendra aux musiciens et aux choristes de s’adapter à la tonalité du chanteur et non le contraire. Ce qui fait que techniquement ce sont deux choses différentes : le chanteur, lui, va toujours chanter dans sa tonalité. Le ou les choristes, si ils sont à 2, 3, 4 ou 5, il va falloir faire des voix, des tierces, quintes, sixtes etc. en fonction de la demande. C’est là où un choriste devient un véritable instrumentiste vocal. Ayant été choriste et chanteuse,  je peux vous dire qu’être choriste est beaucoup plus difficile. Il est très important de faire la différence. 

Karine GENE : On peut être chanteur et avoir toutes les difficultés à être choriste alors?

Xénia CARAIBES : Absolument, parce que vous avez plus de liberté en tant que chanteur alors qu’un choriste est obligé de s’adapter à un schéma vocal tout comme les musiciens bien entendu et les instrumentistes. Il faut donc bien comprendre qu’un choriste est un instrumentiste vocal. 

Karine GENE : Comment avez-vous travaillé et vous êtes-vous adaptée aux différents chanteurs pour lesquels vous étiez choristes? Y a t-il eu d’importants challenges au cours de votre carrière par rapport aux personnalités des différents chanteurs que vous avez accompagnés ? 

Xénia CARAIBE : A partir du moment où vous travaillez avec un artiste que vous devez accompagner, vous devez absolument vous conforter au schéma, au climat, dirais-je, parce que vous n’accompagnez pas Nana MOUSKOURI comme vous accompagnez Rokia TRAORE : ce sont deux musiques différentes, d’accord? Rokia TRAORE fait de la musique plutôt mandingue. Nana MOUSKOURI ou Nicoletta font de la variété française qui n’obéit pas aux mêmes schémas rythmiques ou mélodiques.  Effectivement vous devez vous adapter et travailler : il n’y a pas de magie, nous ne sommes pas dans le monde de Winnie l’Ourson (rires) ! C’est un travail à part entière et d’autant plus pour des gens dont ce type de musique ne fait pas partie du schéma auditif de l’enfance.

Karine GENE : Vos plus belles expériences en tant que choriste? Vous avez une anecdote ou événement qui vous a marqué dans votre travail de choriste au fil des années ? 

Xénia CARAIBES : J’en ai plein si vous avez deux mois à me consacrer ( rires ) ! J’ai eu l’occasion de travailler avec Gloria GAYNOR. Nous étions en Tunisie, c’était un 31 décembre et le lendemain était mon anniversaire. Le manager de G. GAYNOR qui avait apprécié mon travail a doublé mon cachet !!!! Elle est belle celle-là ( rires )! Je travaillais aussi bien dans l’année avec Nana MOUSKOURI, Nicoletta, Dave ou Rokia TRAORE. Ce sont des types de fonctionnement différents. Au départ, vous avez des approches du travail différentes parce que ce ne sont pas les mêmes musiques mais il a les contingences sociales et historiques. C’est-à-dire qu’à l’époque où je travaillais dans la grande variété française,  il y avait une redoutable organisation administrative et comptable qui faisait de nous des partenaires à part entière. Nous étions dans un cadre réglé. Vous travailliez pour une société de production. Vous étiez un employé comme tout le monde. Par exemple vous arriviez à 8h : même si vous ne tourniez que 3 minutes de chant, vous étiez bien embauché pour faire un cachet de 12h. C’est un métier à part entière.

Tous les artistes ont ce petit dénominateur commun qui est la révélation.

Karine GENE : Revenons un petit peu à vos racines. Comment avez-vous débuté le chant ?

Xénia CARAIBE : ça va être moins romantique ! Bon ben j’ai tout simplement eu ma révélation ! On va parler de révélation parce que je pense que, quelque part, tous les artistes ont ce petit dénominateur commun qui est la révélation. J’étais à Toulouse avec mes parents et j’étais à l’école. J’ai fait mon spectacle de fin d’année et ma première révélation avec le chant, très étrangement, a été une danse écossaise (rires) ! La petite Guadeloupéenne avec sa jupe écossaise et son épingle sur le côté ! Jusqu’à présent, je peux encore chanter cette chanson ! Je devais avoir 8, 9 ans, quelque chose comme ça, et donc je me rappellerai toujours à l’école de Rangueil à Toulouse. Je me suis rendu compte de l’impact qu’avait le simple fait de chanter quelque chose, de faire un produit culturel, artistique ; depuis cet âge-là je me suis rendu compte de l’impact que cela avait sur le public,  bien que le public en question n’était évidemment composé que de parents qui, de toute façon, étaient tout ouïe et applaudissaient des deux mains. C’est normal “Ti moun a yo ka joué ! “ ( trad : Leurs enfants jouent ! ). Je me suis rendu compte, à cet âge-là, de l’impact.

Karine GENE : Alors quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui débute dans le chant aujourd’hui ?

Xénia CARAIBE : De faire un autre métier ! (rires). Je dis bien de nos jours. En plus on tombe dans une mauvaise période. Chacun sait que le département culturel est hautement sinistré de par le monde, en tout cas dans une grosse majorité des pays. Et évidemment, cela ne donne pas envie de donner un avis à un jeune, c’est mal placé. En tant qu’animatrice d’atelier culturel, je serais mal placée pour donner les conseils que j’aurais pu donner il y a quelques années. Nous ne sommes pas dans la même situation, donc les conseils qui étaient valables il y a quelques années ne le sont plus aujourd’hui. La période ne permet pas le même type de conseil. Le conseil n’est pas universel à ce niveau là. Je dirais qu’ un artiste, un instrumentiste ou un chanteur est avant tout un citoyen. Ce qui engendre forcément une implication et une attention soutenues au contexte social, géographique voire politique de la période. C’est très important : le conseil d’hier ne vaudra pas pour aujourd’hui. Par contre, il y a un conseil universel, que l’on soit artiste, boulanger, plombier ou agriculteur, c’est de travailler à sa tâche.

Réouverture du Bal Nègre avec Max CORNELIE et le groupe CAP 97, 40 après sa disparition.

Karine GENE : Quels sont les conseils techniques que tu donnerais à quelqu’un qui aborde le chant pour la première fois ?

Xénia CARAIBE : Encore une fois, je vais me positionner sur le contexte géographique et sanitaire dans lequel nous vivons. Nous ne pouvons pas l’occulter. A savoir qu’ évidemment, tous les professeurs de chant vous diront que vous devez travailler la respiration, les techniques vocales etc… ce sont des bases. Mais je mettrais un agouba ( trad : un bémol ) sur cela, sachant que le contexte sanitaire dans lequel nous vivons oblige à porter un masque. Vous n’allez pas aborder la respiration de la même façon avec ou sans masque. Le fait de le porter aujourd’hui, depuis plus d’un an, peut induire la personne qui le porte à oublier la simple métrique respiratoire. Or, à partir du moment où le poumon n’est pas ou est moins sollicité, ce qui est le cas, il va un peu s’auto-atrophier. J’ai la possibilité et la chance au Centre Culturel Sonis ( Abymes, Guadeloupe ), toujours en fonction des barrières sanitaires recommandées et en fonction du périmètre qui nous est imparti (je donne des cours individuels), de faire un cours de chant sans masque.  Ce cours de chant sans masque devient une aire de liberté sociale mais est, en plus, une liberté respiratoire tout en restant dans le cadre de la loi.

Karine CARAIBE : Que dit la loi à ce sujet actuellement ?

Xénia CARAIBE : Tous les cours collectifs ont été plus ou moins éliminés sauf si le périmètre dont vous disposez vous permet de faire avec un nombre restreint d’élèves par mètre carré. Là où vous pouviez mettre 20/30 élèves, aujourd’hui, ce n’est pas possible. Vous pouvez en mettre 6 par exemple, en fonction du périmètre de la salle. Bien évidemment, lorsque vous rentrez à Sonis, vous devez mettre du gel et tout ça. En dehors de cela, la direction a œuvré fin que nous puissions rester dans les clous. En ce moment il n’y a pratiquement que des cours individuels, qu’ils soient d’une demi-heure ou d’une heure. J’ai la chance de pouvoir faire des cours de chant grâce au périmètre imparti.

Karine GENE : Quels sont vos projets actuels et à venir ?

Xénia CARAIBE : Là, tout de suite ? Manger un court-bouillon de poisson ! (rires) Je dirige aussi la chorale des parents de la PHILARMONIQUE DEMOS Guadeloupe qui est un dispositif national. Nous sommes le 35ème dispositif national et effectivement, la crise du COVID nous a obligés à sursoir un an de plus, puisque c’est un programme qui dure 3 ans, mais nous reprenons encore cette année pour finir le programme.
C’est un projet qui allie aussi bien la possibilité à des enfants qui n’en ont pas forcément les moyens de pouvoir prétendre à une éducation musicale dirigée par des professionnels. Dans la PHILARMONIQUE DEMOS, nous ne sommes que des professionnels. Nous sommes à peu près une vingtaine et que ce soit en chant,  violoncelle, flûte ou en Ka – je n’ai pas la liste- ce sont des sections dirigées par des professionnels. La particularité du projet DEMOS est aussi d’associer les parents à ce projet puisque les parents y emmènent les enfants. En général les ateliers durent  une heure et demie : au lieu de  laisser les parents partir pour revenir, on associe les parents au travail que font les enfants. Ce qui permet une mixité sociale déjà et ensuite cela permet aux parents et aux enfants, lorsqu’ils rentrent à la maison, de partager leurs acquis : “Et ben j’ai appris ce chant là !”,  “Et bien moi je connais la partie violon !”. Cela permet une cohésion sociale.

Etude du titre « N’Kosi Sikelele » (Afrique du Sud ) dans le cadre du Programme de la restitution générale de la PHILARMONIQUE DEMOS Guadeloupe.

Karine GENE : Un très beau projet !

Xénia CARAIBE : C’est un projet éducatif et d’utilité sociale.

Karine GENE : Vous vous épanouissez plutôt comme cheffe de chœur ou prof de chant ? Choriste, plus du tout ?

Xénia CARAIBE : Quand on a été choriste on peut le redevenir à n’importe quel moment. Je suis chanteuse donc je fais de tout : des projets individuels, des duos, des trios… C’est mon carré de sol !  Je reste chanteuse.  Ce sont les cours qui prennent le dessus en raison de la situation sanitaire mais je reste chanteuse de toute façon.

Karine GENE : Alors Xénia CARAIBE, pour finir, une chanson symbole de votre carrière, qui vous tient à cœur ou qui vous représente ?

Xénia CARAIBE : Alors ça c’est un peu compliqué, car il y en a tellement ! Alors ça c’est la question piège !

Karine GENE : La première qui vous vient à l’esprit?

Xénia CARAIBE : Alors, c’est une chanson qui fait partie de l’album de NIPA et qui parle du retour de l’enfant prodige. Ce sont des chansons qui sont chantées en langue à tons, notamment en Ashanti et en Fon ( du Bénin). Elle chante :

Xénia CARAIBE chante une chanson de NIPA

 
Karine GENE : Merci beaucoup, vraiment, un grand merci Xénia !  

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